L’accélération des usages numériques pendant le confinement

Les oiseaux chantant à tue-tête, les sangliers se promenant dans les métropoles, les dauphins se rassemblant près des côtes alors que la moitié de la population mondiale était contrainte de rester chez elle. Vous vous en souvenez ? C’était il y a un an. 

Voilà qu’en parallèle du drame sanitaire qui se jouait, un eden semblait renaître des entrailles de la nature. Des millions de citadins confinés redécouvraient le gazouillement des oiseaux depuis leur fenêtre ou s’émerveillaient devant les images d’un puma rôdant dans les rues de Santiago du Chili. 

Plus une voiture, plus un avion dans le ciel, plus un bruit dans nos villes d’ordinaire surpeuplées, bruyantes et polluées. Qui n’était pas prêt à croire que cette pause forcée dans nos activités humaines offrait une respiration bénéfique à la faune et à la flore d’ordinaire constamment menacées ?

Qui ne s’en est pas émerveillé sur les réseaux sociaux, avant de se connecter sur Amazon pour faire ses achats de la semaine, ou de se détendre avec une série sur Netflix, tout en étant convaincu qu’au moins, avec le numérique, on polluait nettement moins qu’en prenant la voiture ou l’avion. 

Nettement moins ? Hélas, pas vraiment.

Numérique ne veut pas dire… écologique 

Car à y regarder de près, la fabrication d’un ordinateur portable consomme à elle seule 2.000 kilowattheures d’énergie et émet une demi-tonne de CO2. Une simple tablette contient 40 métaux différents, pour l’essentiel présents en quantités bien trop faibles pour être recyclés ensuite. (1) . 

Quant à nos smartphones, ils sont tous sauf “eco smart”… ! Il faut 80 fois plus d’énergie pour en produire un gramme que pour produire un gramme de voiture (2). Du côté des usages, si l’on se penche sur facebook, avec 2,4 milliards d’utilisateurs dans le monde qui produisent chacun 269 grammes de CO2 par an, le réseau social pollue chaque année autant que 645 000 vols Paris – New York (3). Netflix n’est pas en reste, la plateforme de streaming utilise à elle seule 13% de la bande passante internet mondiale et est alimentée à 30% en électricité au charbon. A-t-on besoin de rappeler l’impact environnemental considérable des objets achetés sur Amazon, qui passent de bateaux en entrepôts, avant de nous être livrés à l’unité à notre domicile, sans compter les retours qui réenclenchent toute une chaîne de transport ?

Derrière ces chiffres, une réalité se fait jour. Numérique ne veut pas dire écologique, surtout pour construire tous nos terminaux, transporter l’information, ou encore produire l’électricité suffisante qui en permet l’usage. Si nos ordinateurs n’ont pas de pots d’échappement qui nous soufflent directement au visage, la pollution qu’ils engendrent est déjà équivalente à celle de la flotte mondiale de camions, et dépassera celle des automobiles dès 2025. En 2018, l’industrie numérique, c’était 4% des émissions de gaz à effet de serre issues des activités humaines, 10% de l’électricité mondiale (4). Depuis, le numérique connaît une croissance exponentielle décuplée par les habitudes prises pendant les confinements successifs.

Le numérique responsable, un enjeu majeur du XXIème siècle

Face à ce constat, la prise de conscience en France s’est accélérée. Le Conseil national du numérique (CNNum), en partenariat avec le Haut Conseil pour le climat (HCC), s’est emparé du sujet dès début 2020 en publiant sa feuille de route pour un « numérique responsable ». En juin 2020, le Sénat a quant à lui mis en avant 25 propositions pour une transition numérique écologique (5). 

Selon le rapport « Lean ICT » du Shift Project, publié en 2018, la sobriété numérique reste possible, pour peu qu’on s’en donne réellement les moyens. 

Alors comment y parvenir ?

10 gestes simples et réalisables pour limiter l’impact écologique du numérique :

Et demain?

On pourra attendre des ingénieurs de nouvelles prouesses réduisant l’impact écologique de la fabrication ou du transport de données, jamais ils ne rattraperont la vitesse à laquelle les usages du numérique augmentent. Contrairement aux apparences, leur courbe de croissance va de paire avec leurs besoins énergétiques et donc leurs émissions de CO2. 

Pour autant, en dehors des actions politiques nécessaires, nous avons, chacun, la possibilité d’agir pour infléchir la courbe exponentielle de nos usages et de leurs conséquences. S’il ne s’agit pas de tomber dans la caricature des “Amish contre la 5G”, rien ne nous empêche de nous interroger sur l’absolue nécessité de l’ensemble des produits connectés qui nous tendent les bras. Le dilemme reste complexe, car aujourd’hui, il est devenu impossible de payer ses impôts autrement qu’en ligne et il s’avérait bien fastidieux de ressortir le lecteur DVD du placard pour éviter un trop grand recours au Streaming. Il n’en reste pas moins que des gestes simples restent possibles, dans nos achats, notre recyclage, notre choix de produits pour être en mesure de les conserver plus longtemps

Mêmes enjeux en entreprise, où le numérique peut être éco-conçu, du site web au choix du parc informatique. L’essentiel étant finalement de se servir du numérique comme d’un levier pour ralentir nos émissions de CO2, et non l’inverse. 

Sources :

  1. Jean Marc Jancovici, “L’obésité numérique” https://jancovici.com/publications-et-co/articles-de-presse/obesite-numerique/)
  2. The shift Project, Lean ICT, pour une sobriété numérique” https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2018/11/Rapport-final-v8-WEB.pdf)
  3. Camille Cazanave Mathilde Frézouls Benoit Dupré Diane Roblin “Pollution numérique, du clic au déclic”, https://www.qqf.fr/infographie/69/pollution-numerique-du-clic-au-declic)
  4. The Shift project, “Déployer la sobriété numérique” https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2020/10/Deployer-la-sobriete-numerique_Rapport-complet_ShiftProject.pdf
  5. KPMG innovation, “Sobriété numérique, il est temps de s’y mettre” https://home.kpmg/fr/fr/home/campaigns/2020/08/how-innovation/sobriete-numerique.html
  6. Green concept innovation, “le Livre blanc de l’action” http://www.greenconcept-innovation.fr/wp-content/uploads/2020/02/greenconcept_21022020.pdf
  7. Hyssop Agency, “Digest Numérique” https://hyssop.agency/wp-content/uploads/2021/03/DigestNume%CC%81rique_HYSSOP.pdf
  8. ADEME, “Equipements électriques et électroniques, données 2019” https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/equipements-electriques-electroniques_deee_donnees2019_rapport2021.pdf
  9. Green It, “La communauté des acteurs du numérique responsable” https://www.greenit.fr/