
Amélioration de la productivité, réduction des coûts, optimisation de l’expérience client, etc. Inutile de démontrer les nombreux avantages que le numérique offre aux entreprises. Mais qu’en est-il de son impact sur l’environnement ? Consommation énergétique, production de déchets électroniques, émissions de gaz à effets de serre sont aussi au programme. Alors, comment les organisations peuvent-elles faire rimer leur nécessaire digitalisation avec le désormais indispensable développement durable ?
Une grande partie de la réponse réside en la sobriété numérique.
En quoi consiste-t-elle ? Comment les sociétés peuvent-elles réduire grâce à elle l’impact écologique et social du numérique et y trouver des leviers d’innovation et de performance ?
1. Le numérique, l’ennemi « discret » de l’environnement ?
On a tous conscience des bouleversements écologiques que la planète est en train de vivre et de ses conséquences à venir sur nos modes de vie. Mais, beaucoup mesurent mal l’impact grandissant du numérique dans l’affaire. Prenons quelques chiffres clés pour y voir plus clair.
A. La consommation énergétique liée à l’utilisation du numérique représente environ 10 % de la consommation énergétique mondiale. Elle est comparable à celle du secteur du transport aérien et pourrait grimper à 50 % d’ici 2025 selon l’Agence Internationale de l’Énergie. Les datas center qui stockent et traitent les données en sont les responsables majeurs. Ils représentent environ 1 % de la consommation électrique mondiale. En cause principalement, leur système de refroidissement très énergivore.
B. Les émissions de gaz à effets de serre du numérique sont de l’ordre de 4 % des émissions mondiales soit plus que l’aviation civile qui est à 3 %.
C. La fabrication du matériel informatique implique l’extraction de matériaux qui peut être préjudiciable pour l’environnement et la production de déchets électroniques. Cette dernière est en augmentation constante et seule une infirme partie est correctement recyclée. Selon le Global E-waste Monitor 2020, l’Union internationale des télécommunications (UIT) et l’Association internationale de gestion des déchets solides (ISWA), le monde a produit 53,6 million de tonnes de déchets électroniques en 2019. Ce chiffre va atteindre 74,7 millions de tonnes d’ici 2030 si les usages actuels demeurent.
2. L’indispensable reconsidération des usages du numérique.
Face à ce constat et à des prévisions alarmantes, il est urgent de changer de cap. Car si nous poursuivons selon la tendance actuelle, les impacts du numérique sur l’environnement tripleront d’ici 2050 d’après une étude de l’Ademe et l’Arcep de mars 2023 ! Nous sommes bien sûr tous concernés et les entreprises jouent un rôle clé dans ce combat. En utilisant de manière plus raisonnée les technologies numériques, elles vont réduire leur consommation d’énergie, la production de déchets électroniques et les émissions de gaz à effet de serre à grande échelle.
Voici les principaux axes et bonnes pratiques de cette stratégie dite de sobriété numérique, ou Green IT.
3. Évaluer l’empreinte carbone de ses activités numériques.
Afin de prendre conscience de son impact environnemental et d’adopter les bonnes mesures en conséquence, l’entreprise doit tout d’abord effectuer un bilan carbone de ses activités numériques. L’environnement de travail des équipes (téléphonie, poste de travail, etc.), le centre informatique, mais aussi l’infrastructure réseau, tout est passé au peigne fin. Le cycle de vie de ses produits et services numériques doit être analysé, et l’identification et l’évaluation des sources d’émission de gaz à effet de serre réalisées. Des normes et outils utiles existent pour accompagner ce travail tels que l’ISO 14040 et l’ISO 14044, le Bilan Carbone, le label EPEAT, etc. Il est possible également de se rendre sur https://nosgestesclimat.fr/.
4. Réduire sa consommation d’énergie, se tourner vers le renouvelable.
Ce travail peut se faire à différents niveaux de l’entreprise :
– Tout d’abord, les équipes doivent être sensibilisées sur les pratiques écoresponsables à adopter. L’impact environnemental du numérique se concentre tout particulièrement dans les équipements utilisateurs ! Voici quelques bonnes pratiques à suivre :
La pratique du 2E écran externe est à limiter. Les postes sont éteints et les chargeurs d’appareils mobiles débranchés quand ils ne sont pas utilisés ; le mode veille consomme de l’énergie ! Il est bon aussi de privilégier la connexion Wifi (ou mieux l’Ethernet) à la 4 ou 5G pour connecter ses appareils et opter pour les modes « économies d’énergie ».
– Le stockage des données et leur parcours consomment beaucoup d’énergie depuis l’ordinateur jusqu’au data center. Par conséquent, il faut régulièrement trier ses emails, les optimiser lors de leur envoi (limiter les destinataires et les pièces jointes qui doivent plutôt être mises sur des dépôts temporaires tels que WeTransfer ou NoriShare), tempérer le visionnage des vidéos et éviter de stocker des données inutiles dans le Cloud.
– À une autre échelle, le parc informatique peut progressivement faire la place à des équipements moins énergivores et plus responsables :
- L’entreprise peut notamment choisir un fournisseur de data centers et d’hébergement d’infrastructures plus « vert » qui va utiliser des sources d’énergie renouvelable et des systèmes de refroidissement écologiques. Les opérateurs le proposant sont de plus en plus nombreux face aux coûts grandissants de l’énergie.
- Au niveau des équipements réseau, il faut privilégier ceux qui peuvent être plus facilement mis en veille.
- L’utilisation de logiciels open source est aussi à favoriser. Plus légers, moins exigeants en ressources matérielles, ils permettent de réduire la consommation d’énergie des ordinateurs et serveurs et peuvent tourner sur des machines plus anciennes ou moins puissantes que des logiciels propriétaires. De plus, les communautés à l’origine du développement de ces outils sont pour la plupart attachées à des valeurs d’écologie et de durabilité.
- Il est possible d’opter pour un fournisseur l’électricité produite à partir d’énergie renouvelable comme l’hydraulique.
5. Faire durer plutôt que remplacer.
Consommer moins d’énergie c’est bien, mais choisir des équipements éco-conçus, plus durables et réparables c’est encore mieux ! Pour limiter l’impact du matériel électronique, il faut prolonger au maximum sa durée de vie ! Pour vos équipes, tournez-vous vers des produits affichant des labels environnementaux comme EPEAT ou TCO Certified. Vous pouvez également opter pour du reconditionné. Ne renouvelez pas le matériel tant qu’il fonctionne et adoptez la politique vertueuse de la maintenance ! De plus, systématisez le réemploi de vos équipements reconditionnables quand ils quittent votre entreprise. Il faut noter que l’évolution des contraintes liées à la Loi Anti Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) combinée à la Loi Climat et Résilience promulguée en 2020 travaillent aussi dans le sens de l’allongement de la durée de vie des équipements numériques.
6. Infuser la sobriété numérique à tous les niveaux de l’entreprise.
La question de la sobriété numérique ne doit pas se limiter à la direction informatique. Toute l’entreprise doit intégrer ses considérations environnementales : du service marketing, aux équipes commerciales en passant par les ressources humaines.
L’approche doit être globale et propice à l’innovation.
- Ainsi, le télétravail va permettre de réduire le déplacement des salariés ce qui limite les émissions de gaz à effet de serre et améliore leur qualité de vie.
- Les produits et services numériques sont pensés et conçus de manière durable : taille des fichiers, qualité du code, facilité de réparation, etc. Leur impact environnemental diminue en même temps que leur performance augmente !
- L’économie circulaire est encouragée en recyclant les produits électroniques, en utilisant les productions d’occasion, etc.
La sobriété numérique s’inscrit ainsi parfaitement dans la démarche RSE des entreprises. Elles doivent fonctionner de concert, s’épauler.
Conclusion :
Notre société est confrontée à des enjeux écologiques alarmants dans lesquels le numérique et la surproduction des produits électroniques jouent un rôle important. Leurs impacts négatifs doivent être rapidement limités en repensant le monde de l’entreprise sous le prisme de la sobriété numérique et ceci en toute sincérité et transparence. Le greenwashing ne paie plus. Le vrai engagement lui est désormais synonyme d’une identité de marque rassurante et attractive.