
A l’heure de la crise environnementale et des bouleversements sociétaux engendrés par la crise sanitaire de la Covid-19, jamais la notion d’utilité des entreprises ne sera apparue aussi évidente. La loi Pacte, promulguée le 22 mai 2019, permet aux entreprises volontaristes de se démarquer du lot, et de fédérer tout leur écosystème en affichant la contribution qu’elles entendent apporter à la société.
D’un côté, la crise environnementale nous rappelle que le capitalisme est un modèle arrivé à bout de souffle, devenu incompatible avec l’impérieuse nécessité d’une neutralité carbone d’ici 2050. De l’autre, la crise de la Covid-19 ne cesse d’avoir des impacts sociétaux considérables en termes d’engagement collectif et individuel, d’adaptation, de santé, d’adoption très rapide de nouveaux modes de travail ou de remise en cause du management.
Dans ce contexte, la prise de conscience de l’urgence d’un changement de modèle pour les entreprises est indéniable. Elles ont bel et bien un rôle à jouer qui s’étend au-delà de la seule recherche du profit : repenser la hiérarchie du travail, inventer une nouvelle façon de travailler, contribuer au bien-être commun, développer des ressources nouvelles afin d’être compétitives, innover afin de répondre aux défis sociaux et environnementaux…
C’est précisément l’opportunité de développement qu’offre la loi Pacte depuis son adoption il y a deux ans, en permettant aux entreprises françaises d’être aux avant-postes d’une dynamique devenue mondiale. Une nécessité à l’heure où Larry Fink, PDG du plus grand gestionnaire d’actifs au monde, n’hésite plus à exhorter les sociétés à assumer leur rôle sociétal et environnemental “Pour BlackRock, les profits ne sont en aucun cas en contradiction avec la « raison d’être » (…) ils sont même intrinsèquement liés” (1).
Bien au-delà d’une simple description des activités actuelles et de leur utilité sociétale supposée, cette raison d’être, pilier de la loi PACTE promulguée par le législateur en France, invite l’entreprise à préciser son utilité dans la société. La loi ouvre dans le même temps la possibilité d’adopter la qualité de société à mission, où l’entreprise intègre sa raison d’être dans ses statuts, et adosse à sa stratégie de rentabilité un ou plusieurs objectifs sociétaux et/ou environnementaux. Pionniers sur ce point, Atos entend contribuer à « façonner l’espace informationnel » , Carrefour, à assurer « la transition alimentaire », la SNCF à « apporter à chacun la liberté de se déplacer facilement en préservant la planète ».
Le nombre croissant d’entreprises s’appropriant ce dispositif montre que des changements d’ampleur sont en train de s’opérer. A l’été 2020, 48% des marques disaient que la crise avait engendré ou allait engendrer une réflexion sur leur raison d’être. Fin mai 2021, 166 entreprises avaient modifié leurs statuts pour adopter celui d’entreprise à mission, soit le double par rapport à décembre 2020 (2).
Aux côtés d’Atos, Carrefour ou de la SNCF, on citera également Danone, la Camif, Groupe Rocher, Aigle, Alenvi, Groupe La Poste, ou encore Veolia, dont le PDG Antoine Frérot déclarait dans les colonnes du Monde dès le 23 mars 2018 : “une entreprise est prospère parce qu’elle est utile” (3).
Même dynamique pour Pascal Demurger, Directeur général de Maif : « L’entreprise a un rôle politique à la fois face à des enjeux de fracture sociale, d’urgence climatique et de rupture digitale mais aussi face aux attentes des consommateurs-citoyens qui s’amplifient et à des Etats qui ne peuvent plus répondre seuls à cela. En tant que dirigeant d’entreprise, je ne peux pas m’en abstraire et l’idée est en quelque sorte de passer du côté du problème à la solution” (4).
Selon l’observatoire des sociétés à mission, l’engouement est tel que 10 000 sociétés pourraient faire évoluer leurs statuts d’ici 2025. Parmi elles, nombre de PME dont les dirigeants voient dans la crise durable que nous traversons une opportunité de penser autrement la hiérarchie, de redéfinir une nouvelle façon de travailler, de donner un horizon commun, d’impliquer les salariés au maximum dans la définition des actions de l’entreprise et de son futur. Il conviendra également de savoir attirer et retenir les futurs collaborateurs issus de la génération des millenials, dont 63% pensent que le but premier des entreprises devrait être « d’améliorer la société » et non plus de « générer du profit ». Or comme l’explique Larry Fink dans sa lettre aux investisseurs « Purpose & Profit » « les convictions de ces générations influenceront non seulement leurs décisions en tant qu’employés mais aussi en tant qu’investisseurs ». Au fur et à mesure que les préférences d’investissement évolueront, « les questions environnementales, sociales et de gouvernance auront un impact sur l’évaluation des entreprises ». Les entreprises ont donc tout intérêt, si ce n’est d’autre choix, que de s’adapter à ces changements de demandes et d’attentes sous peine de voir leur audience et clientèle diminuer. Mais bien au-delà des injonctions des investisseurs et des attentes des consommateurs, c’est bel et bien l’opportunité d’écrire un nouveau récit sociétal et environnemental qui s’offre aux dirigeants, et autant de leviers pour pérenniser leur activité et trouver de nouveaux relais de développement.
Sources :
- https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/le-plus-gros-actionnaire-au-monde-appelle-les-entreprises-a-definir-leur-raison-detre-567084
- https://www.la-croix.com/Economie/Deux-ans-loi-Pacte-entreprises-mission-plein-boom-2021-05-24-1201157293
- https://www.lemonde.fr/le-club-de-l-economie/article/2018/03/23/antoine-frerot-pdg-de-veolia-l-entreprise-a-besoin-d-etre-utile_5275357_4795074.html
- https://www.novethic.fr/actualite/entreprise-responsable/isr-rse/entreprise-a-mission-le-portrait-robot-des-100-pionniers-149453.html
Pour aller plus loin :
- https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/ces-societes-qui-se-convertissent-en-entreprises-a-mission-1163357
- https://www.lemondedudroit.fr/decryptages/76296-societe-a-mission-mirage-ou-realite.html
- https://www.entreprisesamission.com/2021/01/21/barometre-de-lobservatoire-des-societes-a-mission/
- https://www.economie.gouv.fr/cedef/societe-mission